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LES ATTITUDES DE L'ENSEIGNANT(E) FACE AUX COMPORTEMENTS "AGRESSANTS"





On n'en parle pas tellement, si ce n'est qu'en sourdine; et pourtant, qui dans sa classe n'a pas vécu ce déséquilibre? Dans notre quotidien d'enseignant, on sent que le stress, diffus ici, évident là, nous conduit à la "détresse" sans qu'on ait les moyens de l'arrêter, de le contrôler ni de le comprendre.

Je savais, par mon vécu professionel et aussi pour en avoir discuté épisodiquement avec certains collègues qu'il existait dans certaines classes, un sentiment de frustration qui, dans ses manifestations graves, ravallait le maître au niveau de la marionnette en ne lui laissant d'autre joie que celle d'entendre la cloche ou, pour être de notre temps, le joyeux carillon, qui annonce mélodieusement la fin de la période. Il est probable que beaucoup d'entre vous qui enseignez à des niveaux plus élevés et moins perturbés trouveront que j'exagère. Pourtant, je suis en deça de la vérité pour certains groupes.

Ce n'est pas mon propos que d'affirmer que dans notre système public, il n'existe pas de classe où il fait encore bon enseigner. Non, je n'ai pas l'intention de me lancer sur ce terrain. Tout ce que je pense, c'est que l'écart s'élargit de plus en plus entre les comportements de ceux qui se retrouvent et qui trouvent à l'école un lieu épanouissant et les autres qui y viennent parce qu'on doit y venir.

Lorsqu'on est titulaire d'un groupe d'élèves où la démotivation pour les activités scolaires s'avère le seul accord et règne en maître et que le travail de l'enseignant est de leur présenter ces dites activités, la maîtrise de cet art contradictoire ne peut qu'être périlleuse. Le terrain à ce moment devient propice aux procès d'intentions et le moulin à méfiance, aux soupçons et à l'incompréhension fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Si l'on n'a pas le temps de se dire, tout saute et il ne nous reste que le temps de se maudire.

On sait que la société a libéré la parole du jeune sans pour autant régler les difficultés dûes aux nouvelles structures sociales qu'a apportées notre nouveau genre de vie. Dans cette course constante que reste-t-il aux jeunes sans moyen, à part l'agressivité pour attirer l'attention et exprimer leur insécurité afin qu'ils puissent se prouver qu'ils participent et qu'ils sont des composantes à part entière d'un milieu qui semble les rejeter de plus en plus.

Mais cet appel du jeune à une reconnaissance de l'existence peut-il être autre que négatif? Puisque du train où vont les choses, il ne nous reste plus de temps pour les échanges personnels et que le seul contact de la journée reste le croisement en vitesse dans le corridor, existe-t-il d'autres moyens que la jambette psychologique pour reprendre contact?

De course en course; de la fatigue à la panique; de la superficialité à la futilité, de l'incommunicabilité à la presqu'inexistence, qu'est-ce qui nous reste pour briser ce cercle? La réponse de plusieurs de nos jeunes, hélas, est la déchirure dans l'agression.

Le jeune, dans cette agression exprime son insécurité, son désarroi et sollicite directement ou indirectement l'entourage pour qu'il lui soit porté secours. Mais, il n'a pas la manière, il ne sait pas (comme les autres pouvoirs) que l'agression, la force débridée ne reflète trop souvent que faiblesse et ne résulte qu'au rejet. Parce que son appel est souvent négatif et que son cri se manifeste par des comportements violents et antisociaux quand ce n'est pas par une conduite déraisonnable, il n'arrive qu'a bloquer ses relations avec tout ce qu'il perçoit être un pouvoir opprimant pour lui...(parents et enseignants). Il n'a pas d'entente avec lui-même donc, il est rarement en harmonie avec les autres. A chaque fois qu'il se manifeste dans la classe, il arrache les siens (élèves, enseignant(es) à leur quiétude.

Son langage perturbé est nécessairement reçu mais, il est rarement compris. S'il ne parvient pas à réveiller ses proches, habituellement étrangers à ses problèmes, il arrive qu'il se replie et fasse silence. D'autres tenteront, après avoir exprimé, sous forme de comportement inacceptable ou de récolte, un problème certain, de s'adapter mal que vaille, à une société dont ils ont conscience d'occuper les marges. Il y a enfin les révoltés qui manifesteront leur présence en continuant et en perpétuant leur délinquance.

Les derniers dérangent mais, pour ce qui est du bonheur des autres.. .

L'enseignant, du fait qu'il est en contact quotidiennement auprès des jeunes devrait être bien plaçé pour comprendre ces situations et surtout les significations de ces comportements. C'est s'illusionner que de le croire.

Le stress ou plutôt la détresse est devenue une véritable maladie professionnelle dans l'enseignement. Cet état se traduit par une grande nervosité, une fatigue nerveuse dûes à la frustration, à l'anxiété et à la perte de l'image positive que l'enseignant avait de lui.

Il ne s'agit plus d'arrêter de tirer sur l'enseignant mais, on doit travailler à lui redonner la confiance de jadis. Peut-on demander à l'enseignant de comprendre le message et de se souvenir que les élèves attaquent la fonction mais, rarement la personne, même s'ils ont l'air d'attaquer la personne? Beaucoup de professeurs vous le diront: "les relations avec les directions et les parents sont mauvaises et ne valent guère mieux que celles avec les élèves".

L'ambiance agressive de l'école est générale pour certains groupes. dans leurs réussites comme dans leurs déboires, les enseignants se sentent mal-aimés. Tout le monde est d'accord pour dire que les enseignants sont les vrais coupables: experts, parents, responsables politiques, directions: "s'ils n'étaient pas si vieux; s'ils savaient mieux s'y prendre... s'ils étaient meilleurs pédagogues".

Dans pareille atmosphère, même si l'on vit près de la rose, on est mieux équipé pour l'écraser que pour la sentir. L'accoutumance, c'est le danger qui nous guette et qui fait que dans la pratique, si nous n'y prenons garde, nous n'occupons pas un poste privilégié auprès de l'élève. Appelé à répondre aux multiples besoins du grand nombre, l'enseignant a tendance à interpréter incorrectement des comportements qui varient selon les humeurs, les états d'âme et les heures du jour.

(à suivre)




Je vous offre une petite pause sans commanditaire...





suite de la conférence.



Sollicité au même instant par différents besoins, il assure le quotidien et répond à ce qui lui semble le plus urgent. Il risque de ne plus entendre le cri.

Cette incapacité fonctionnelle, il la doit à la formation qu'il a reçue. L'école lui a donné un savoir mais, elle n'a prêté qu'une faible attention à un élément très précieux maintenant en éducation, la présence de l'éducateur dans le milieu.

Les problèmes des relations maîtres et élèves "agressants" sont trop souvent vécus au travers de notre optique déformée. Nous abordons trop souvent les angoisses de ces jeunes à partir de notre sensibilité, nos points de vue et nos préjugés. Il nous est très difficile de séparer la personne de son comportement. Exemple: les manifestations sociales ou antisociales sont-elles reçues comme un comportement ou sont-elles plus simplement interprétées dans un régistre négatif?

Même s'il est vrai que la société traduira presque toujours les impulsions agressives et les révoltes comme une réaction contre elle et tentera de se défendre avant de guérir ou de comprendre l'individu, peut-on demander plus à l'éducateur? Peut-on s'attendre à ce que l'enseignant aille plus loin et décode le cri implicite qui s'exprime par ces désordres?

Ne jamais perdre de vue que c'est trop souvent dans leurs manifestations insolites (vandalisme, violence, impolitesse, etc...) que la majorité du temps, les jeunes inadaptés livrent ce qui en eux vit. C'est à travers des comportements qui agressent l'environnement, qui découragent la raison et offusquent les convenances que ces jeunes inadaptés cherchent un soutien, une raison de vivre.

Vu de cette façon, il nous est facile d'admettre que ces jeunes refusent de considérer leurs comportements comme étant ceux d'inadaptés, d'anor-maux, de malades ou de coupables. Nulle force au monde, aucune autorité ne leur fera croire que cette recherche d'une identité personnelle, d'une raison de vivre cache une perversion. Donc, pressés en "sandwich" entre les jugements opposés, l'un provenant de la société, l'autre issu de sa propre personne, ils sont pris entre ces contraires ce qui contribue aussi à augmenter leur agressivité et à déséquilibrer leur personnalité.

L'enseignant, s'il veut dédramatiser la situation, doit donner une interprétation moins négative aux cris lancés par les jeunes en difficulté. Il se doit de reconnaître sa responsabilité personnelle dans l'agressivité du jeune mais, il n'a pas à se considérer le seul responsable du déséquilibre que manifeste l'adolescent inadapté. Il n'accepte plus de s'enliser dans des catégories rigides, des inadaptations et des études centrées sur les incapacités et sur les difficultés. Il reconnaît que la société a le droit de se protéger et de permettre aux autres membres de se diriger vers l'excellence mais, il refuse de charrier sur le dos du jeune en difficulté. Il reconnaît les dangers que les écarts amènent au jeune lui-même et à son voisinage mais, il sait qu'il faut aider ce jeune à socialiser ses cris et qu'il doit l'amener à découvrir des raisons de vivre.

Ouvrons une petite parenthèse pour dire qu'il est heureux que l'on commence, chez-nous, à s'intéresser à la "douance", car il est regrettable que sous le prétexte d'égalité des chances, on ait négligé les grands talents mais, il faut se méfier de l'effet du pendule qui nous amènerait à donner moins de ressources aux élèves en difficulté pour en donner plus à ceux qui ont plus de possibilités. Au moment où notre système éducatif n'a jamais compté autant de marginaux, ce virage vers la droite s'avèrerait nuisible au plus grand nombre. On doit répondre aux besoins de chacun mais, jamais au détriment de l'autre.

En somme, dans cet exposé, je ne donne ni truc, ni recette pour dérouter notre déséquilibre. L'enseignant moderne doit travailler dans le doute, la réflexion et la remise en question. IL ne doit pas se prendre pour le nombril du monde; acceptant que son rôle est limité. Il pourra aussi quelques fois se résigner à vivre des moments difficiles dont il n'est pas le seul en cause mais, qu'il est pour le moment le seul présent. Il lui faut donc vivre dans une sorte d'inconfort intellectuel et pratique.

Avant, c'était clair et facile. On savait à quoi s'en tenir. On définissait l'inadapté à partir de sa déficience, sans tenir compte de sa personnalité. C'était simple, un trou, une cheville. A des déviations dont on croyait connaître l'exacte nature, on apposait des techniques éducatives consciencieusement apprises et maîtrisées. C'était le bon temps, le temps de l'ordre, de l'unanimité et de la connaissance tranquille.

Et voilà que les découvertes psychologiques et que la simple observation sociale nous font réaliser qu'un être humain ne s'identifie pas uniquement aux misères de son intelligence ou de son comportement. La réalité d'un homme ou d'une femme dépasse de beaucoup ces simples concepts et se situe toujours au-delà de ses altérations et des déficiences.

Et aussi qu'est-ce qui est changé? Presque rien, si l'on tient compte que l'inadapté d'aujourd'hui est la même personne qu'hier sauf, qu'elle a changé quelques comportements chez elle et que parfois, c'est seulement notre vision qui s'est réajustée. De plus, rajoutons que la tolérance s'est peut-être déplacée vers le laisser-aller. IL y a un temps, il suffisait de dire maudit en classe ou de manquer la messe pour être qualifié de marginal; maintenant, même si l'on passe sur le professeur on n'est pas sûr d'atteindre la marginalité.

L'objectif de la délinquance, c'est de dépasser les limites. Si elles sont éloignées, il devra s'efforcer quand même à les rattraper. La solution... serait-ce de ramener les limites de la permissivité?

Voilà, j'ai nagé presque dans les nuages. Cette réflexion n'avait d'autre but que d'amener ... la réflexion. Je m'attends à être ramené sur terre par vos questions et vos commentaires.


Je vous remercie,

Jean-Paul Gagné